Ce quatuor a choisi son nom à la mémoire du plus célèbre composant du "Cuarteto Aguilar" disparu, qui triompha dans les années 20 et 30, en parcourant l’Europe et l’Amérique.

Ezequiel (Laudín) Pepe (Laudete) Elisa (Laud) Paco (Laudón)

Connaisseur de ses qualités et à la recherche d’information pour mon livre "Les instruments de plectre en Espagne", j’ai réussi à contacter à Madrid un neveu des Aguilar. J’ai su par lui qu’ une grande partie des archives et de ses instruments se trouvaient dans un sous-sol d’un appartement à Buenos Aires. Nous avons fait le nécessaire pour que ce "précieux trésor" sorte de sa silencieuse solitude. À partir de ce moment là, notre but a été de récupérer pour leur utilisation les instruments (actuellement nous utilisons le luth contralto et le laudón) et pouvoir de nouveau écouter ses oeuvres.

Leur importance est réellement reconnue. Qui n’a jamais entendu un jour la célèbre Prière du toréador ? Beaucoup en ont eu la possibilité. Mais peu, cependant, l’ont écoutée dans sa version originale avec les instruments à partir desquels Joaquin Turina s’etait inspiré en 1925. L’amitié et la collaboration des Aguilar avec Turina a donné ses fruits surtout en versions exclusives comme "Souvenirs de l’ancienne Espagne, Deux danses espagnoles populaires, Défilé de soldats de plomb, Fête maure à Tanger, etc..

La qualité artistique reconnue du groupe - composé d’instruments espagnols de plectre : laudín ou bandurria (Ezequiel Aguilar), luth contralto (Pepe Aguilar), luth tenor (Elisa Aguilar) et laudón ( Paco Aguilar) - , l’empâtement, ainsi que la grande gamme d’effets et d’articulations, furent tellement intéressants et attirants que les créateurs de l’époque ecrivirent et adaptèrent de nombreuses partitions pour cet ensemble. Un de ces remerciements fut l’accueil que leur fit Manuel de Falla dans sa maison de Grenade. Ils interprétèrent une adaptation de l’amour Sorcier, à laquelle le maître donna son consentement.

Manuel de Falla observa el laudón de Paco Aguilar

Prenant en considération une série d’auteurs qui commencèrent à créer dans les années vingt comme " La génération de 1927 ", en comparaison à l’ homonymie littéraire, nous avons trouvé différents noms qui composèrent pour les Aguilar : Federico Elizalde leur a dédicacé Negresca: Antonio José, compositeur originaire de Burgos, leur a adapté entre 1925 et 1928 sa Romance enfantine et Danse de Burgos III ; Germán Alvarez Beigbeder leur dédie Improvisations Espagnoles; la compositeur madrilène María Rodrigo compose Gavotte, et leur adapte Le Couplet Intrus; Juan Bautista Plaza leur dédie Fugue en 1935.

Malheureusement la guerre civile et l’exil firent que les oeuvres de ces musiciens se dispersèrent, raison pour laquelle elles furent insuffisamment connues et peu interprétées.

À partir de 1928 le quatuor Aguilar s’est consacré à mener son art dans le monde entier. Certaines polémiques et controverses sont nées de l’origine du prétendu "luth espagnol" et de son importance dans la musique contemporaine. Des musiciens, des compositeurs et des critiques comme Rafael Mitjana, Joaquín Nin et Adolfo Salazar se conduisent brillamment. Nin a reçu le Quatuor à Paris et a dit : Vous n’avez besoin de la protection de personne, ce sont nous les compositeurs qui avons besoin d’interprètes comme vous". Ils leur a composé plusieurs versions originales de leurs oeuvres telles que Danse Andalouse, Étoffe Murcienne, D’Andalousie, Air de la petite fille perdue et Menuet en style antique. Adolfo Salazar leur a également dédié Dos improntus et adapté son Romancillo.

C’est dans la Génération de 1927 que le parallélisme entre écrivains et musiciens devient plus voyant, basé sur des relations de travail et d’amitié. Ernesto Halffter en est un bon exemple. Inspiré des poèmes de Rafael Alberti La Chevrette et la petite fille, il écrivit deux partitions qu’il adapta en 1933 pour les Aguilar. En 1928 il avait déjà réalisé pour eux deux versions en exclusivité de la Danse de la Bergère et de la Danse de la Gitane.

Le quatuor a réussi à parcourir le monde entier avec des instruments peu usuels dans des salles de concert et en tout cas considérés en principe incapables de satisfaire de remarquables exigences musicales. Ils ont démontré tout le contraire, grâce à leur musique. Alors qu’ils étaient à Los Angeles (USA), Stravinsky voulut faire leur connaissance et les écouter, recherchant avec eux les possibilités et effets sonores des "luths espagnols". Lors de leurs recontres, il les supervise et autorise la version en exclusivité pour quatuor de luths espagnols de leurs Huit Pièces.

Igor Stravinsky con el Cuarteto Aguilar y su representante. Los Angeles, 1935

Ils ont également eu des relations avec de grandes figures de l’époque telles que : Rubinstein, Iturbi, Lily Pons,...etc... ¨ l’écrivain et historien Salvador de Madariaga leur a dédié un petit poème :

"Virtuosos de virtudes

dejan sonoros ecos

cuatro laúdes,

un Velázquez y tres Grecos."

"Virtueux de vertus

ils laissent de sonores échos

quatre luths,

un Velázquez et trois Grecos".

Pendant la guerre civile et à partir de leur volontaire exil en Argentine, les Aguilar continuèrent à travailler. Ezequiel composa pour le groupe Petenera et Répons a un fantôme; Paco, Rondino, Cocarde de couleurs, Tocatina en si majeur et Suite galicienne entre autres.

Le Quatuor "Paco Aguilar" a pour objectifs de diffuser toute cette musique oubliée et inconnue tout comme de promouvoir la création de nouvelles oeuvres de compositeurs actuels. Il s’agit d’une tâche ardue et difficile mais que nous réussirons grâce à du travail et de la patience.